Après avoir donné la parole à deux assistants d’éducation (AED), le Sgen-CFDT a choisi cette fois-ci de la donner à une CPE, cheffe d’équipe des AED. Céline Humbert, CPE au collège Jean Mermoz de Yutz en Moselle a accepté de répondre à nos questions.
Alors qu’à l’Assemblée Nationale un projet de Loi vise la cédéisation des AED, le Sgen-CFDT continue de donner la parole aux personnels pour cerner les revendications qu’il convient de porter pour cette catégorie de personnels.
Céline Humbert, Conseillère Principale d’Éducation a accepté de nous parler des AED de son établissement, un collège de 850 élèves accueillant une ULIS et une UPE2A.
Pour toi, qu’est-ce qu’un.e AED ?
Les AED sont des membres à part entière au sein de mon collège et en cela, ils assistent le CPE en donnant leur expertise mais aussi de par les qualités des relations qu’ils/elles peuvent nouer avec les élèves.
our moi, ce sont mes yeux, mes oreilles. Ils sont essentiels au fonctionnement d’un établissement. Leur polyvalence est primordiale et sert le travail au sein du collège.
Quelles sont leurs missions ?
Leur mission première est de veiller à la sécurité des élèves et à la nécessité de les accueillir.
Les AED assurent ainsi des missions de surveillance, d’encadrement lorsque les élèves ne sont pas en cours notamment au sein de permanences, dans la cour, la demi-pension.
Autre mission importante, à mes côtés, suivre les absences des élèves, un travail quotidien très chronophage.
Mais les AED ont aussi un rôle éducatif en aidant par exemple aux devoirs, en animant des clubs, en faisant de la lecture suivie. Certains sont même tuteurs pour les élèves les plus fragiles. C’est une plus-value importante pour l’établissement mais aussi pour eux. Cela leur permet d’acquérir de l’expérience sur des dimensions éducatives et pédagogiques.
Dans la réalité, comment cela se passe-t-il ?
Ce sont bien les missions de surveillance, d’encadrement, de suivi des absences qui sont prioritaires, d’autant plus quand l’équipe est en sous effectif.
Selon bien évidemment le profil de l’ AED et de sa volonté affichée de s’investir au-delà du cadre strict de la surveillance et de l’encadrement, certains AED apportent de réelles compétences en participant à l’animation, au soutien pédagogique et éducatif des élèves. .
Cela dépend donc de sa sensibilité mais il est clair que ces missions éducatives sont valorisantes.
Comment opères-tu le recrutement des AED ?
On a de réelles difficultés de recrutement et de gros écarts d’expériences entre les candidats.
La situation géographique nous place loin des centres universitaires et de nombreux établissements recrutent sur un même périmètre. Nous sommes donc souvent face à une pénurie de candidats.
Dès lors, c’est un jeu d’équilibre entre les exigences et ambitions de départ et ce qui sera par la suite réellement possible de faire.
On essaie de recruter des équipes mixtes, où chacun apporte sa contribution et son univers propre pour mieux dynamiser l’équipe.
Quelle place, quel rôle tiennent-ils/elles dans l’établissement ?
Rouages essentiels, on peut regretter cependant qu’il y ait dans les établissements une certaine forme de clivage.
Les AED sont souvent considérés comme « les petites mains », des variables d’ajustement.
Sollicité.e.s pour tout, ils/elles ne sont pas toujours remerciés en retour, ni reconnus dans leur travail quotidien.
Pourtant ils/elles sont présents sur quasiment chaque moment de la vie de l’établissement.
Dans un établissement scolaire, ils/elles peuvent être réduits à des « pions » en oubliant la dimension humaine et éducative de leur métier.
Le service de vie scolaire pallie les manques et fait preuve d’une polyvalence inouïe !
Il n’est pas rare d’entendre que la vie scolaire est considérée comme une « infirmerie bis » , un « secrétariat bis », un centre de reprographie, une loge d’accueil avec contrôle des identités, etc…. La crise sanitaire l’a décuplé mais cela existait déjà auparavant. On constate ainsi un transfert de charges vers la vie scolaire.
Elle rend service, travaille souvent à flux tendu, mais sans forcément de réciprocité, ni même un petit merci.
Les AED sont considérés comme les factotum de l’établissement. La vie scolaire est perçue comme un vivier abyssal qui peut compenser tout le reste, répondre à toutes les demandes.
Quel accompagnement au métier de ces personnels contractuels ?
Dans mon académie, le rectorat organise une formation hybride (présentiel et Magistère sous forme de tutoriel en ligne) pour explorer les différents champs de ce métier. Les formations en présentiel sont plutôt intéressantes et répondent aux besoins.
Cela permet aussi de pouvoir échanger entre établissements.
La vraie difficulté pour l’accompagnement des AED réside dans le fait que les contrats démarrent au 1er septembre. L’idéal serait que nous puissions recruter et accueillir les AED pendant le service vacances en août de manière à expliciter les missions et organiser le service dans de meilleures conditions.
La rentrée est un moment de tensions dans le travail de la vie scolaire, aussi, selon la qualité de l’équipe, on peut noter des difficultés d’appropriations pour un AED qui débute dans le métier.
Quel accompagnement au métier réalises-tu en qualité de cheffe d’équipe ?
La phase d’observation est nécessaire pour évaluer le travail d’un AED.
Pour mieux accompagner leur travail, en tant que cheffe de service vie scolaire, je propose des phases de concertations régulières mais aussi des entretiens individuels pour rappeler le cadre d’exercice et se prémunir des dérives possibles.
Je me suis donnée des signaux d’alerte car il ne faut pas oublier que leur professionnalité est en train de se construire.
Je propose ainsi un à deux entretiens annuels pour qualifier l’action d’un AED et échanger sur ses axes de progression. Les temps d’analyse de pratiques ne sont pas fréquents faute de temps. Leur journée est chargée et leurs emplois du temps se complètent sans forcément coïncider. On peut être amené à se réunir en fonction d’une problématique rencontrée de façon informelle. Il faut avoir conscience, que du fait de l’âge des élèves du collège, la reprise éducative est permanente avec des différences d’attitudes entre les 6ème et les 3ème.
Il faudrait aussi pouvoir consacrer du temps pour débriefer la journée. Ce n’est pas fait, les AED étant toujours dans la gestion de l’imprévu.
Quel accompagnement de leur projet d’études, de leur projet professionnel as-tu mis en place ?
L’institution doit s’inquiéter de la motivation des AED pour exercer ce métier. C’est un bon tremplin pour entrer sur un autre métier de l’Éducation nationale.
C’est, pour moi, une bonne formation, un véritable plus. Les AED ont souvent, en arrivant, une formation en cours. L’un de mes rôles en tant que CPE est de m’y intéresser afin qu’ils/elles ne l’abandonnent pas, qu’ils/elles puissent avoir un véritable projet pour trouver une porte de sortie en fin de contrat. Il faut régulièrement rappeler l’imminence des 6 années de contrat.
La VAE est peu utilisée car elle est difficile à mettre en œuvre et doit mieux être reconnue par notre Institution.
Comment, selon toi, valoriser ce parcours avant d’entrer dans un métier dans ou au dehors de l’Éducation Nationale ?
Ce qui est certain, c’est que l’institution doit absolument mieux valoriser l’investissement des AED et les compétences qu’ils/elles ont pu acquérir au cours de leur parcours professionnel. Ils, elles doivent selon moi pouvoir valider au cours de leur contrat des compétences notamment éducatives et pédagogiques.
On ne valorise pas ceux qui ont fait des choses particulières par une certification par exemple. On ne le fait que par la lettre de recommandation qu’on leur délivre à la fin de leur contrat. C’est pour moi quelque chose qui doit être construit et un juste retour des choses. Il faut pouvoir valider la totalité des actions de l’AED au cours de son parcours professionnel au sein de l’établissement. Il/elle a acquis des postures professionnelles, des compétences, développé des qualités et l’institution ne peut en faire abstraction.
Un projet de loi visant la cédéisation des AED est examinée à l’Assemblée Nationale, qu’en penses-tu ?
Pour moi le CDI pour les AED est une vraie question.
Il paraît important d’en étudier les impacts car il ne sera pas simple, compte tenu de ses missions, pour un AED, de prendre de l’âge. Ce métier demande du dynamisme et une grande réactivité sur le terrain. Les AED aujourd’hui, souvent jeunes, permettent de créer une certaine proximité avec les élèves. On est aujourd’hui triste de voir partir des collègues qui ont acquis de l’expérience et qui vont intégrer des métiers moins rémunérés.
Pour ces AED, le CDI serait un plus et permettrait de sécuriser leur emploi. Il me semble donc qu’il faudrait aller vers des équipes mixtes formées d’AED en CDI et en CDD pour des jeunes ayant un projet professionnel. Ces derniers, qui sont en transition, apportent de la fraîcheur et du dynamisme au métier. Pour les établissements éloignés des universités, le CDI pourrait vraiment être un plus du fait des problématiques de recrutement. Il faut donc en explorer toutes les dimensions et conséquences et apporter des réponses à la carte.
Qu’en est-il de leur temps de travail et de leurs absences ?
Le remplacement des personnels absents est une question cruciale. A l’heure actuelle, quand un AED est absent, la charge se répercute sur les présents ce qui peut vite mettre en difficulté et épuiser les équipes.
D’autre part, quand un recrutement a lieu de manière ponctuelle, la quotité horaire n’est jamais équivalente et le service est impacté.
En ce qui concerne la dotation en heures, les services sont dotés en équivalent temps plein. Or, la déduction faite pour les AED du temps de formation devrait être réinjectée dans la dotation du service de manière à encourager cette formation mais aussi répondre aux besoins de surveillance de l’établissement.
Sur une équipe de 5 AED à temps complet en formation, le crédit d’heures représente 1000 heures à déduire de la couverture de surveillance…
Comment sortir les AED de la précarisation ?
Les AED ont des situations très diverses et il n’y a pas de réponse unique.
Un AED qui a un travail pendant six ans, qui le perd, a parfois des difficultés pour se reconvertir notamment s’il n’a rien anticipé. Si on sort du schéma où un AED poursuit un parcours universitaire, on voit bien que l’on donne du travail à des personnes précaires. Pour celles-ci, l’horizon est souvent bouché et c’est dramatique. Il faut essayer de trouver un équilibre avec plusieurs propositions au sein d’un même établissement. Pour moi, il ne faut pas avoir de position dogmatique sur le sujet.
Que penses – tu de la possibilité de faire financer pour les AED le BAFA par l’Institution ?
Le BAFA serait à mon avis une bonne entrée pour les AED car cela se rapproche de l’encadrement des élèves. Ce serait un plus, un levier supplémentaire pour diversifier leurs compétences.
On a des AED qui ont des statuts professionnels très divers (création de startup, musicien, infographiste…). Le BAFA doit enrichir leur parcours, leur apporter des connaissances, des compétences supplémentaires voire un horizon professionnel. Ce qui est certain, c’est que leur parcours doit être valorisé.
Cela peut être fait auprès des élèves par des actions éducatives dans et hors temps scolaire. C’est complémentaire de leur activité professionnelle dans l’établissement.
Permettre le passage du BAFA pris en charge par l’Institution, serait un facteur d’attractivité supplémentaire et une reconnaissance de leur rôle éducatif au sein des établissements scolaires.
D’autres pistes ?
Oui une autre formation pourrait être importante : la formation aux premiers secours.
Cela servirait à l’institution et leur ouvrirait des portes supplémentaires. Leur formation doit être renforcée. Ainsi, cette année, les équipes mobiles de sécurité du rectorat leur proposent une formation autour de la prévention des risques car ce sont des personnels qui sont en première ligne (portail de l’établissement, plan Vigipirate…).
En quoi le métier d’AED peut-il être préventif pour certaines situations ?
Au contact direct des élèves, ils doivent être en capacité de recueillir la parole du jeune.
Ils sont ainsi régulièrement confrontés aux problématiques de harcèlement notamment sur les réseaux sociaux. En matière de violences, cela peut vite devenir un problème sensible et mettre les élèves, les AED en difficulté.
En la matière, l’AED doit pouvoir adopter une posture professionnelle et connaître les limites, les erreurs à ne pas commettre. C’est pour le CPE un relais indispensable. Il faut aussi les mettre en garde sur le fait que la proximité avec les élèves ne se transforme pas en copinage. Leur habileté professionnelle doit pouvoir se développer.
Cela nécessite des espaces de dialogue installés pour respecter l’expression de la parole de l’élève.
Si tu devais émettre un vœu qui concerne les AED, que dirais-tu ?
La priorité est de doter les établissements en postes d’AED en nombre suffisant.
Si on installe des formations régulières, cela suppose que les établissements disposent de remplaçants pour compenser les départs.
On est actuellement trop souvent sous-dotés. On les condamne ainsi à ne pas partir en formation.
Les établissements doivent pouvoir recruter des étudiants et mieux remplir les missions assignées.